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« J'aime créer des images qui donnent envie de respirer. »
Aude Brouiller, peindre pour émouvoir
Artiste peintre et muraliste, son travail invite à ralentir, contempler et ressentir.
À travers une palette inspirée de la nature et une approche proche de l’impressionnisme, Aude crée des œuvres où chaque détail raconte une émotion. Pour le projet des fauteuils, elle imagine une création immersive pensée comme une parenthèse de douceur et de rêverie.
Votre univers est très reconnaissable. Comment est née cette sensibilité artistique ?
« J’ai toujours dessiné. Depuis toute petite, je savais que je voulais raconter le monde à travers l’image. Je me suis donc naturellement orientée vers des études artistiques avant d’intégrer une école d’illustration à Montpellier.
À l’époque, je me destinais plutôt à l’édition jeunesse. Je n’imaginais pas du tout peindre des fresques monumentales ou investir des lieux comme le Spot. Et pourtant, c’est ici que tout a commencé.
J’y ai réalisé ma première fresque lors d’une résidence artistique. Cette expérience a profondément changé ma manière de créer. J’ai découvert une autre façon de rencontrer le public, de partager des émotions et de faire vivre mes images dans l’espace.
Depuis, mon travail a gardé cette part de conte et de poésie qui m’accompagne depuis toujours, mais j’aime aussi y faire entrer l’étrange. J’aime que le spectateur ressente quelque chose sans forcément pouvoir l’expliquer immédiatement.
Pour moi, une œuvre ne doit pas simplement être regardée. Elle doit être vécue. »
Votre travail semble toujours chercher à provoquer une émotion.
« C’est exactement ce que je recherche.
J’aimerais que les personnes qui découvrent mon travail prennent quelques secondes pour souffler. Que l’image leur offre un moment de calme, de contemplation, comme une parenthèse dans un quotidien souvent très rapide.
La contemplation est quelque chose qui me touche énormément. Je crois que c’est un bonheur très simple, mais aussi très précieux. C’est cette sensation que j’essaie de transmettre.
En même temps, je n’ai pas envie d’une poésie trop sage. J’aime glisser des détails plus mystérieux, des formes cachées, des présences discrètes. Au premier regard, on voit une image paisible. Puis, en prenant le temps, on découvre autre chose.
C’est une invitation à regarder autrement. »
Comment avez-vous abordé ce projet de fauteuil artistique ?
« Lorsque Tex m’en a parlé, j’ai tout de suite trouvé le projet passionnant.
C’était un support totalement nouveau pour moi. Je n’avais jamais peint un fauteuil et j’aimais l’idée que cette œuvre puisse être utilisée, habitée, qu’elle accompagne quelqu’un dans un moment de repos.
Très vite, j’ai imaginé une silhouette immergée dans l’eau. Comme si le fauteuil devenait lui-même un espace de contemplation. Une rivière traverse l’image, une présence apparaît discrètement dans le décor, presque invisible au premier regard.
Je voulais que l’on puisse s’y asseoir comme on entre dans un paysage. »
On retrouve dans votre fauteuil une approche presque impressionniste…
« Oui, complètement.
Je suis très attachée aux vibrations de la couleur. Les verts, les bleus, les bruns, les ocres… toutes ces nuances dialoguent naturellement entre elles.
Je travaille beaucoup sur les atmosphères plus que sur les contours. Ce qui m’intéresse, c’est la lumière, les reflets, les sensations que produisent les couleurs lorsqu’elles se rencontrent.
On retrouve là quelque chose de l’esprit impressionniste : cette envie de faire ressentir un instant plutôt que de simplement le représenter.
Je ne cherche pas à reproduire fidèlement un paysage. J’essaie plutôt d’en restituer l’émotion. »
Pourquoi ce choix de couleurs très naturelles ?
« Parce que ce sont celles dans lesquelles je me sens profondément bien.
Chaque fois que j’essaie de m’en éloigner, j’y reviens naturellement. Elles évoquent l’eau, les végétaux, la terre, les saisons. Elles possèdent une douceur qui m’apaise.
Je crois qu’un tableau transmet aussi l’état intérieur de celui qui le peint. Si ces couleurs reviennent constamment dans mon travail, c’est sans doute parce qu’elles correspondent à ce que je cherche moi-même : quelque chose de vivant, d’équilibré, de profondément humain. »
Ce fauteuil est destiné à être utilisé, peut-être demain dans un EHPAD. Cela change-t-il votre regard ?
« Oui, parce que cela donne encore plus de sens à la création.
L’idée qu’une personne puisse s’asseoir chaque jour dans une œuvre me touche beaucoup. Ce n’est plus seulement un objet que l’on regarde, c’est un objet qui accompagne un moment de vie.
J’aime imaginer qu’il puisse susciter une conversation, réveiller un souvenir, provoquer une émotion ou simplement offrir quelques minutes de calme.
Si une personne s’arrête devant ce fauteuil, observe un détail qu’elle n’avait pas vu, raconte ce qu’elle y voit ou ce qu’elle ressent, alors quelque chose s’est créé.
Et c’est exactement ce que j’aime dans l’art : ce lien invisible qui naît entre une œuvre et celui qui la rencontre. »
Quel regard portez-vous sur les EHPAD ?
« Je n’ai pas de regard arrêté.
Chaque personne arrive en EHPAD avec son histoire. Certaines y trouvent un accompagnement devenu nécessaire, d’autres y vivent une étape plus difficile.
Ce qui me touche, c’est de me dire que l’art peut venir apporter un peu de douceur dans ces lieux.
Non pas pour embellir le quotidien au sens décoratif, mais pour créer des respirations. Pour offrir un ailleurs, même très court.
Je crois profondément que les émotions n’ont pas d’âge. »
Selon vous, que peut apporter l’art aux résidents ?
« Je crois que l’art permet de continuer à ressentir.
Il peut faire surgir un souvenir, une discussion, une sensation oubliée. Il peut simplement donner envie de regarder plus longtemps, de rêver un peu.
On parle souvent de l’art comme d’un objet culturel. Moi, je le vois davantage comme une rencontre.
Si une œuvre permet à une personne de sourire, de s’évader quelques instants ou de partager ce qu’elle ressent avec quelqu’un d’autre, alors elle a déjà rempli sa mission.
Au fond, c’est ce que j’essaie de faire dans chacune de mes créations : fabriquer des images qui prennent soin des gens. »

